Agriculture et territoires : des défis et un avenir à partager | Passion Céréales

  

Dossier

Agriculture et territoires : des défis et un avenir à partager

Au-delà de sa contribution aux paysages et aux identités régionales, l’agriculture est le moteur d’une nouvelle ruralité, dynamique et innovante, entreprenante et ouverte sur le monde. Acteur à part entière des mutations économiques, technologiques et sociétales, elle joue un rôle clé dans l’équilibre et le développement des territoires.


En France, la surface agricole utilisée (SAU) représente 28,8 millions d’hectares, soit plus de la moitié (54%) du territoire métropolitain1. Si l’on y ajoute la sylviculture, l’espace rural occupe 80% de la superficie du pays. Vues du ciel, les surfaces concernées témoignent, par leur amplitude, du rôle structurant des activités agricoles, notamment au niveau des paysages qui constituent un patrimoine (esthétique, environnemental, touristique…) créateur de valeur pour les territoires. Mais à l’aune des enjeux contemporains, la contribution de l’agriculture aux équilibres territoriaux s’étend bien au-delà.

Au plan démographique, l’agriculture fixe dans les zones rurales une population active de plus en plus nombreuse – de l’ordre de 20 millions d’habitants – qui irrigue les activités économiques locales et permet de maintenir les services. En effet, après avoir atteint un pic dans les années 1980, le phénomène de dépeuplement consécutif à l’exode vers les villes s’est inversé. « Les campagnes ont gagné en dix ans, au début du 21e siècle, 10% de population », confirme le sociologue et politologue Dominique Reynié2, qui qualifie ce phénomène de « mouvement d’art de vivre ». Employés périurbains, retraités, ouvriers, cadres, travailleurs à domicile…, ces néo ruraux ne sont pas des agriculteurs mais des ex membres d’une population urbaine qui « rêve de jardins, d’animaux domestiques et de forêts, de rivières et de paysans qui leur vendent ce qu’ils ont produit… »

À l’heure où l’emploi industriel « traditionnel » disparaît de certains territoires, cette nouvelle diversité représente un atout. Selon l’ancien ministre et spécialiste des questions agricoles Henri Nallet3, cette nouvelle diversité s’oppose à la « conception conservatrice du territoire rural, héritée de notre histoire et de nos institutions, comme espace rural relativement fermé […] Elle suppose de la prendre au sérieux, d’en faire une richesse. »

Forts de ce regain d’attractivité, les territoires ruraux ont, de surcroît, l’opportunité de décupler leur potentiel grâce aux nouvelles technologies de l’information qui redistribuent les cartes des échanges. C’est ainsi que l’espace rural accueille aujourd’hui des pôles d’activité ancrés dans le tissu local, mais structurés en réseaux, interconnectés et reliés au reste du monde. Plus qu’une simple alternative à la ville, ces nouveaux espaces que l’économiste Christian Saint-Étienne3 définit comme des « territoires métropolisés » sont appelés à jouer un rôle déterminant pour le progrès et la croissance.

« Accueillants pour les entrepreneurs et les chercheurs, les territoires métropolisés favorisent l’innovation et facilitent la dissémination de l’innovation au sein de l’écosystème de production, analyse Christian Saint-Étienne. La productivité et le niveau de vie y sont aujourd’hui très supérieurs à ceux des villes désagréables à vivre ou des zones peu denses. » En outre, les territoires ont véritablement une carte à jouer dans la mesure où la globalisation de l’économie mondiale n’ayant pas provoqué un éclatement des sources d’innovation, l’acquisition des connaissances continue à se faire par concentration et proximité, dans les universités, les laboratoires, les pôles de compétitivité…

Reste que pour délivrer tout son potentiel, l’agglomération d’activités au cœur d’un territoire doit être soutenue par une capacité de projection vers l’extérieur, par les voies terrestres et numériques. La qualité des infrastructures de transport et d’interconnexion, le maillage numérique et des politiques locales adaptées s’imposent plus que jamais comme des déterminants majeurs pour prendre part à la nouvelle révolution technologique et industrielle. Comme l’affirme Christian Saint-Étienne, « les territoires qui sauront accueillir l’innovation et offrir un environnement épanouissant accéderont à l’excellence ! »

L’agriculture, et tout particulièrement les grandes cultures, contribuent activement à cette dynamique. À titre d’exemple, un tiers des 71 Pôles de compétitivité constitués depuis 2005 portent sur des projets dans le domaine agricole ou agroalimentaire, aux côtés de secteurs de pointe comme les nanotechnologies, les biotechnologies, l’énergie… Implantées en régions, ces structures de recherche et développement réunissent entreprises, centres de recherche, organismes de formation et collectivité territoriales autour de programmes innovants et orientés vers des marchés bien identifiés.

En tant que partenaire et partie prenante de plusieurs Pôles de compétitivité, la filière céréalière française s’implique sur des projets d’avenir, particulièrement dans les domaines du progrès agronomique et environnemental, de l’alimentation et de la « chimie verte » (bioplastiques, biocarburants de seconde génération…), dont elle forme le premier maillon. Elle participe ainsi à l’émergence de la nouvelle économie durable et au développement de nouveaux débouchés agro-industriels dont les territoires seront les premiers bénéficiaires.

Autre exemple d’engagement en faveur du développement local, les acteurs du monde agricole, céréalier et agroalimentaire sont des acteurs à part entière des « Pôles d’excellence rurale » qui, initiés avec succès depuis 2006, visent à accroître les capacités économiques des territoires et à développer l’emploi autour de quatre axes :

  • la promotion des richesses naturelles, culturelles et touristiques,
  • la valorisation et la gestion des bio-ressources,
  • l’offre de services et l’accueil de nouvelles populations,
  • l’excellence pour les productions agricoles, industrielles, artisanales et de services localisées.

Selon la vision de Christian Saint-Étienne, la capacité des territoires à « mener des stratégies cohérentes de développement dans le monde global » en fait des « territoires puissance ». Mais cette puissance ne saurait être découplée d’une autre dimension essentielle, et tout particulièrement dans le champ alimentaire : celle de « territoire identité ». En effet, les saveurs et aliments porteurs d’une identité locale affirmée – biscuit breton, poulet de Bresse, vin de Bordeaux, camembert de Normandie… – sont aujourd’hui plébiscités par les consommateurs Français, mais aussi Européens, Asiatiques, Américains…

Témoignant de cette tendance, l’offre de produits régionaux et issus des TPE/PME ne cesse de progresser dans les rayons des distributeurs hexagonaux (+5,8% en 2014), ces références portant à elles seules 70% de la croissance des produits alimentaires.4 Comme le résume une observatrice du secteur, « l’argument "made in terroir" parle au consommateur, plus encore que le « made in France… »5

Grâce à leur identité territoriale, les produits peuvent s’échanger plus largement sur les marchés et revêtir le statut de biens à forte valeur ajoutée. Adossée à la qualité, universellement reconnue, des productions agroalimentaires françaises, aux performances de notre agriculture et à des structures de recherche puissantes, l’identité territoriale contribue ainsi au déploiement d’un véritable système de production et d’échange. « Pour les filières agricoles, l’enjeu est donc d’acquérir la puissance permettant de transformer et de distribuer à l’échelle globale des produits de qualité présentés dans leur écrin culturel fait d’origine territoriale et d’image forte afin de les servir à des clients qui recherchent des produits qui les nourrissent physiquement et sensoriellement », conclut Christian Saint-Étienne. Un défi mobilisateur doublé d’un projet d’avenir, tant pour l’agroalimentaire français que pour les territoires qui accueillent ces activités.

Penser les territoires…
Troisième volume d’une collection d’ouvrages développant des réflexions de fond sur les fonctions économiques et sociétales des grandes cultures au 21e siècle, Des territoires à penser donne la parole à 15 spécialistes du territoire et de son aménagement. Comment la notion de "territoire" fonctionne-t-elle ? Quel rôle joue-t-elle dans la construction d’une vision de l’avenir ? Quel cadre peut-elle offrir à la prise de décisions qui engagent l’éco­nomie, le milieu naturel, les collectivités territoriales ? Quelles places y tiennent les filières agricoles – notamment les grandes cultures ? Les réponse proposées dans ce livre édité en 2015 par Passion Céréales en font un document passionnant et indispensable pour mieux comprendre la place qu’occupent le monde agricole et les grandes cultures dans les structures économiques, administratives, politiques, industrielles et culturelles des territoires métropolitains.
Disponible en librairie, en ligne et sur le site de Passion Céréales