Défi du changement climatique : la filière céréalière française mobilisée | Passion Céréales

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Dossier

Défi du changement climatique : la filière céréalière française mobilisée

C'est aujourd’hui une réalité et les événements des dernières années l'ont confirmé : la France se voit confrontée, comme le reste du monde, aux modifications des conditions climatiques. Si cette évolution climatique s’impose à tous, les filières agricoles sont particulièrement concernées. Cette situation est au cœur des enjeux qui ont été débattus à l'occasion du Sommet des Nations Unies sur les changements climatiques (COP 21 en 2015 et COP 22 en 2016). C’est l'occasion de faire un point précis sur la question et de faire un zoom sur les solutions que le secteur des grandes cultures a initiées pour s’adapter à ces changements.


Si la méthode de comptabilisation des émissions de GES est identique pour toutes les activités émettrices, il existe néanmoins une particularité pour les grandes cultures. Véritables puits de carbone, elles constituent un des seuls secteurs, avec les autres productions agricoles et la forêt, à pouvoir capter et stocker naturellement du carbone dans la biomasse et dans les sols, grâce au mécanisme naturel de photosynthèse.

Comme le souligne Afsaneh Lellahi, ingénieur au sein d’ARVALIS – Institut du végétal1, «les quantités de GES émises lors de la culture des céréales peuvent être compensées par les quantités de CO2 captées par les plantes durant leur croissance. En moyenne, en France, un hectare de céréales cultivées capte 4 fois plus d’équivalent CO2 qu’il n’en émet pour être produit. Mais ces bénéfices ne sont pas toujours pris en compte dans les inventaires ».

Pour Jacques Mathieu, Directeur Général d’ARVALIS – Institut du Végétal, précise même : « Accroître ce puits de carbone, cette capacité des grandes cultures à capter du carbone atmosphérique émis par les activités humaines, constitue un enjeu majeur. Et cela passe par un accroissement de la biomasse produite. En d’autres termes, des sols qui produisent beaucoup de rendement végétal contribuent à la réduction des effets de serre ».

De plus, par la production de substituts aux énergies fossiles (biocarburants, méthanisation, mais aussi chimie du végétal…), les grandes cultures contribuent également à réduire les émissions des autres secteurs qui peuvent ainsi diminuer leurs consommations en énergie fossile.

Une population concernée et vigilante
Selon les résultats d’une enquête inédite menée auprès de 4 460 Français par l’institut Viavoice pour Passion Céréales au printemps 20152, le changement climatique et ses conséquences sont un thème sur lequel les Français se déclarent à la fois concernés et demandeurs d’informations.
- 86 % considèrent que la préservation de la filière céréalière est quelque chose d’important.
- 75 % pensent que le changement climatique a déjà un impact sur les cultures céréalières françaises.
- 37 % seulement savent que la filière céréalière française a engagé des initiatives pour s’adapter au changement climatique.

Parce que le climat est un facteur déterminant de la production de céréales, anticiper ses changements et se préparer aux nouvelles conditions climatiques est essentiel.

Pour l’agriculture et les filières céréalières, les conséquences se font sentir depuis plusieurs années déjà : des récoltes sont de plus en plus précoces, des coups de chaleur estivaux de plus en plus fréquents…
La hausse des températures et son corollaire qu’est l’augmentation des besoins en eau sont des réalités avec lesquelles les agriculteurs français doivent aujourd’hui composer, les cultures étant de plus en plus exposées aux aléas climatiques.

« Le changement climatique a d’ores et déjà changé les pratiques des céréaliers. Depuis quelques années, on constate que certaines variétés historiquement cultivées dans le Sud de la France se cultivent aujourd’hui dans des régions plus au Nord » indique Afsaneh Lellahi, d’ARVALIS – Institut du Végétal. Malgré ces ajustements, ces conditions difficiles ont un impact direct sur les rendements dont la progression a été stoppée au cours des vingt dernières années.

Afin d’assurer la disponibilité et la qualité des approvisionnements, les acteurs de la filière céréalière travaillent à observer ces évolutions et proposer de nouvelles pratiques et de nouveaux outils, comme par exemple :

  • L’anticipation des périodes de semis et, de fait, un avancement des dates de récolte, afin d’esquiver les canicules et les sécheresses en fin de cycle cultural.
  • La mise au point de nouvelles variétés de plantes, plus précoces, plus résistantes au stress hydrique et aux agents agresseurs favorisés par les changements des conditions météorologiques (maladies, parasites).

Ainsi que l’explique Jean-François Gleizes, agriculteur et Président de Passion Céréales, « en matière d’adaptation aux effets du changement climatique, il n’existe pas de parade universelle, mais nous disposons de plusieurs leviers agronomiques et scientifiques sur lesquels nous pouvons agir. Cette capacité d’adaptation est vitale pour le maintien du niveau de qualité de nos céréales, au-delà, pour la pérennité d’une filière dynamique ».

 

4 : C’est le rapport entre la quantité de CO2 captée et la quantité d’équivalent CO2 émise par un hectare de céréales cultivées3.

 

Depuis plusieurs décennies, les acteurs de la filière céréalière ont fait évoluer leurs pratiques afin de réduire leur impact sur l’environnement.
En s’appuyant sur les recommandations d’organismes experts (Inra, ARVALIS – Institut du végétal, Ademe4), la filière céréalière a mis en place des stratégies et des actions visant à la fois à augmenter les quantités de CO2 captées et à réduire les émissions de GES.

Que ce soit par l’évolution des pratiques agricoles ou des activités de collecte, d’acheminement et de transformation des céréales, cette démarche s’appuie sur des actions concrètes :

  • Le pilotage de précision des cultures, afin d’apporter la juste dose d’engrais au moment où la plante en a exactement besoin et en fonction des conditions météo,
  • La modulation des interventions, afin d’optimiser les apports d’engrais à des zones ciblées au sein de chaque parcelle,
  • La mise en place de cultures intermédiaires qui, dans les périodes d’interculture, couvrent les sols avec des plantes ayant une forte capacité à fixer l’azote sur le terrain (luzerne, moutarde, légumineuses…),
  • L’installation de bandes enherbées et de haies en bordure des cultures. Ces zones végétalisées augmentent les surfaces de captation de CO2 et limitent les phénomènes de ruissellement (prévention de l’érosion, protection de la ressource en eau),
  • La multiplication des investissements en faveur d’équipements de production énergétique à partir de biomasse, notamment dans des unités de méthanisation agricoles et industrielles,
  • La mise en place d’outils et schémas logistiques dédiés à l’optimisation des flux et à la réduction des consommations d’énergie fossile dans les transports,
  • Le développement du transport de céréales par voie douce, notamment fluviale, partout où les infrastructures le permettent.

 

Le saviez-vous ?
Les émissions de GES en agriculture ont chuté de près de 10 % entre 1990 et 20125.
Pour mémoire, les émissions de GES des filières agricoles proviennent, en France, de trois sources principales :
- Élevage : fermentation entérique des ruminants, déjections, fumiers (CH4)
- Fertilisation des sols : engrais minéraux et organiques, résidus de récoltes (N2O)
- Combustion d’énergies fossiles : tracteurs et équipements motorisés, chauffage des serres et bâtiments (CO2)

 

Pour s'adapter aux changements climatiques ou réduire ses émissions de gaz à effet de serre, la filière céréalière investit dans la recherche et dans des installations innovantes :

Plus d'informations sur les inititiatives de la filière céralière, région par région.

 

1 - Organisme de recherche appliquée et d’expertise technique dédié aux grandes cultures.

2 - Sondage Viavoice-Passion céréales réalisé du 6 au 27 avril 2015 auprès d’un échantillon représentatif de 4 460 personnes âgées de 18 ans et plus.

3 - Les quantités de GES émises sont obtenues en additionnant les émissions lors des étapes de travail du sol, semis, fertilisations, traitements et récolte, converties en équivalent CO2. La quantité de CO2 captée correspond aux quantités de CO2 captées par la plante pendant sa croissance.

4 - Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie.

5 - Source : Inventaire France, périmètre Kyoto, CITEPA/MEDDE, soumission avril 2014