L’économie céréalière au service de la croissance française | Passion Céréales

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Dossier

L’économie céréalière au service de la croissance française

Forte de son histoire, de ses performances et de sa puissance exportatrice, la filière céréalière française fait plus que contribuer à l’autosuffisance alimentaire et aux grands équilibres socio-économiques de la France : elle représente un important levier de compétitivité. Une ressource à la fois pleinement opérationnelle et dotée d’un fort potentiel de progression.


Aussi loin que remonte l’histoire de la France, l’agriculture a toujours eu pour mission de nourrir la population. Voire plus. « La France est le seul pays d’Europe à avoir instauré un pacte entre le monde agricole et la société, rappelle le sociologue Jean Viard. À l’époque de la Révolution française, on a attendu des agriculteurs qu’ils garantissent la République ; puis on leur a demandé d’assurer l’indépendance alimentaire. Et ils l’ont fait ! Or aujourd’hui, la société leur demande encore autre chose... ». Les enjeux se posent désormais en termes variés : préservation de l’environnement, sécurité sanitaire, qualités nutritionnelles ; mais aussi et surtout : performance, innovation et compétitivité.

Dans un contexte d’économie globalisée, ces trois exigences placent l’agriculture au cœur des stratégies économiques de la France. De fait, le secteur agricole représente aujourd’hui plus de trois fois la richesse produite par le secteur automobile. Dégageant une valeur ajoutée supérieure à 30 milliards d’euros1 (Mds€), il pèse à lui seul 1,6 %1 du produit intérieur brut. Si l’on y ajoute la richesse produite par les industries agroalimentaires, également de l’ordre de 30 Mds€1, l’ensemble du secteur agricole et agroalimentaire atteint 3,1 %1 du PIB.

Ainsi que l’explique Dominique Reynié, Directeur de la Fondation pour l’innovation politique, « en France, les entreprises agricoles incarnent un modèle compétitif qui a parfaitement fonctionné. Elles ont été capables en cinquante ans de développer la production tout en étant de moins en moins nombreuses, de s’intégrer à un espace européen qui restait à inventer, de franchir les étapes d’une révolution technologique considérable et, en même temps, de gérer l’intégration dans la globalisation. » Résultat, la France, qui fournit 23 % de la production agricole européenne, est de loin le premier pays agricole d’Europe. Elle est notamment leader dans de nombreux domaines tels que le vin, le sucre, l’alcool d’origine agricole, les oléagineux et, bien sûr, les céréales. Celles-ci représentent à elles seules un quart des productions végétales françaises, devant le vin (21 %) : 68 millions2de tonnes de céréales ont ainsi été collectées en 2012 pour une valeur totale de 15,4 Mds€2.

L’un des points forts du secteur céréalier est d’être structuré en filière. De la production à la seconde transformation, celle-ci regroupe une grande diversité d’activités et de débouchés : commercialisation des grains, alimentation animale, meunerie, boulangerie, biscuiterie et panification, semoulerie, malterie et brasserie, maïserie, amidonnerie, bioéthanol… Avec un chiffre d’affaires d’environ 54 milliards d’euros, 500 000 emplois directs et une forte capacité à s’imposer sur les marchés internationaux, y compris aux premiers rangs pour certaines productions (blé tendre, malt, aliments pour animaux, bioéthanol…), cet ensemble contribue de manière active aux performances du secteur agroalimentaire français et, plus largement, aux équilibres fondamentaux de la Nation.

« Au cours des 60 dernières années, le secteur a connu une évolution déterminante, explique Christian Saint-Étienne, professeur d’économie au CNAM et président de l’Institut France Stratégie. Il est passé d’une agriculture de subsistance vers une agriculture de création de richesses, ce qui répondait à une demande forte de la société. On lui a demandé d’exporter, d’intégrer les progrès de la science… et les agriculteurs ont adhéré à ce projet. » La constance avec laquelle, depuis quinze ans, le secteur agricole et agroalimentaire dégage une balance extérieure excédentaire – 11,6 milliards d’euros (Mds€) en 2013 – témoigne de ce engagement.

« L’agriculture est un puissant navire d’accompagnement du porte-avions industriel ; sans elle, le déficit extérieur de la France serait considérable », insiste Christian Saint-Etienne. Aux côtés d’autres secteurs fortement exportateurs, comme les vins et spiritueux, la filière céréalière française joue ainsi un rôle majeur sur la scène internationale où elle se positionne au deuxième rang mondial, derrière les États-Unis. Ainsi, en 2012-2013, 31,5 Mt3 de céréales (sous forme de grains et de produits transformés) ont été exportées pour une valeur de 8,4 Mds€, soit un montant équivalent à la vente de dix Airbus A320 par mois3.

 

Selon l’économiste Marc Touati, « le monde des céréales est au cœur des deux révolutions technologiques qui sont en train de se mettre en place à l'échelle de la planète : les NTE (nouvelles technologies de l'énergie) et les NTA (nouvelles technologies de l'agro-alimentaire). Il pourrait donc devenir un des principaux moteurs de la croissance des dix prochaines années. Et l'Europe, dont la France, y occupe une place de premier plan, qu'elle aura d'autant plus intérêt à maintenir. »4

Une vision que corroborent pleinement les prévisions concernant la demande alimentaire. Ainsi, à l’horizon 2050, la demande mondiale de céréales s’élèvera à 3 Mds de tonnes (+50 % par rapport à 2010)5. Or, les hausses de production réalisables dans les pays émergents ne suffiront pas à équilibrer l’offre et la demande au sein de chaque zone géographique, et le taux d’insuffisance pourrait atteindre 80 % dans certaines régions d’Afrique du Nord et du Proche Orient. Ce sont donc les pays à fort potentiel excédentaire, à l’image de la France, qui devront produire les céréales nécessaires pour compenser les déficits de production des pays en développement.

Afin de contribuer à répondre à ce défi planétaire, la France devra augmenter sa production de 28 millions de tonnes6 d’ici 2050 (+44 %), soit environ 500 000 t supplémentaires par an. Réaliste et accessible, grâce aux progrès technologiques et à l’amélioration des rendements, cet objectif représente une trajectoire qui contribuera à la croissance du PIB tout en permettant à la France de consolider ses positions dans la production européenne et mondiale de céréales.

 

1. Source : L’agriculture dans l’économie nationale, Alim’Agri, juillet 2012
2. Source : Des chiffres et des céréales - edition 2014
3. Source : Douanes françaises
4. Source : Le Huffington Post, 22 janvier 2014
5. Source : FAO
6. Source : Dossier de presse Passion Céréales, « Nourrir 9 milliards d’hommes en 2050 »