Quand les céréales cultivent la proximité | Passion Céréales

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Dossier

Quand les céréales cultivent la proximité

Si une tonne de céréales sur deux produite en France est exportée - contribuant ainsi pour une large part à l’excédent commercial agricole de l'hexagone - il n'en reste pas moins que la filière céréalière constitue une économie de proximité dans toutes les régions. Tour d'horizon de cette proximité.


Proximité physique tout d’abord. Il suffit de traverser la France, notamment en train, pour avoir un aperçu de la juxtaposition persistante des espaces urbains et cultivés. Les céréales occupent à elles seules 50 % des quelque 9,5 millions d’hectares de terres arables qui façonnent les paysages de l’Hexagone et les rendent si familiers, soulignant la topographie et révélant la diversité des productions agricoles. En 2014, 70,4 millions de tonnes de céréales y ont été produites par 270 000 exploitations réparties sur l’ensemble du territoire.

Proximité économique ensuite. Au-delà de sa contribution aux paysages, l’agriculture céréalière a favorisé naturellement et historiquement le déploiement d’une économie de proximité à travers des filières structurées, contribuant à l’autosuffisance alimentaire comme aux grands équilibres socio-économiques de la France et de ses territoires. Producteurs, collecteurs-négociants et transformateurs forment les trois piliers de cette économie où, très souvent, on récolte, transforme, vend et consomme localement. Tous travaillent en synergie, au plus près du terrain, aussi bien sur les variétés de semences, les conditions de récolte, l’obtention d’une qualité homogène (variétés, agronomie, gestion des silos...) ou encore la diffusion de bonnes pratiques agricoles et la sécurisation des débouchés.

La meunerie française est sans conteste un emblème de ce modèle. Le blé tendre est cultivé, stocké et transformé en farine panifiable dans la quasi totalité des régions de France métropolitaine. La meunerie regroupe plus de 370 entreprises et plus de 440 moulins : elle dispose ainsi d’un outil de maillage du territoire qui permet de servir la boulangerie française au plus près de ses besoins. Dans le prolongement direct, la boulangerie artisanale, qui représente les deux tiers du marché du pain (contre 25 % pour la boulangerie industrielle et 10 % pour la grande distribution), est le premier commerce de détail alimentaire en France. Avec un point de vente pour 1 800 habitants, ce réseau dans lequel chaque boulanger est à moins de 200 km de son meunier, participe pleinement de la dynamique de proximité.

L’alimentation animale en fournit une autre illustration. Cette industrie utilise chaque année 10 millions de tonnes de céréales pour produire 21 millions de tonnes d’aliments. Pour approvisionner les 291 000 élevages français, les 190 entreprises du secteur ont choisi de s’implanter au plus près des élevages et de privilégier les céréales locales. Un important réseau d’usines de transformation (300 unités) est réparti de manière pertinente sur l’ensemble du territoire et à proximité des éleveurs. Les profils et les volumes de production varient selon les régions et les activités agricoles dominantes : aliments pour les porcs en Bretagne, pour les volailles en Aquitaine, pour les bovins en Bourgogne, Franche-Comté, Auvergne... Ce secteur souhaite continuer à privilégier les ressources locales qui offrent les garanties de qualité sanitaire et nutritionnelle, de transparence et de traçabilité attendues par les consommateurs.

Le secteur de la bière, aujourd’hui en plein renouveau, est au confluent de deux mouvements. D’un côté, on observe une très forte concentration des acteurs de la malterie, fournisseurs de gros volumes en France et à l’international. De l’autre, on note l’explosion du nombre de petites brasseries réparties sur tout le territoire, y compris hors des zones naturelles de production d’orge brassicole comme l’Ouest ou la région Rhône-Alpes, aujourd’hui première région en nombre de brasseries. « Gueule noire » dans la Loire, « Mor Bihan » en Bretagne, « Avalanche » dans les Alpes… ces bières revendiquent souvent l’appartenance à un terroir.

« Les crises alimentaires des années 2000 sont passées par là, et les consommateurs aspirent à des circuits courts, à plus de transparence, de traçabilité et de proximité. Ce qui est valable pour les produits laitiers et les produits carnés l’est aussi, depuis la fin des années 90, pour la bière », analyse Jacqueline Lariven, directrice de la communication de l’Association des Brasseurs de France. Pour répondre à ce besoin de proximité des consommateurs, les initiatives se multiplient : ouvertures de petites brasseries bio en circuit court, partenariat avec des malteries capables de livrer aussi de petites quantités, fabrication de malts spéciaux pour des brasseurs désireux de proposer des bières inédites… « On assiste également à des implantations de cultures locales d’orge de brasserie dans des régions ne possédant pas nécessairement cette tradition agricole », note Jacqueline Lariven.

Enfin, certains brasseurs produisent eux-mêmes leur malt, et des agriculteurs se font brasseurs, créant leur propre marque, à l’image des Brasseurs du Vexin ou de la brasserie d’Orgemont dans la Marne. Autre initiative reflétant la proximité du producteur au consommateur, la brasserie Coreff, en Bretagne, a choisi de faire figurer sur ses emballages les photos de ses producteurs d’orge. En quelques années, le nombre de brasseries artisanales a augmenté de près de 20 %. En 2014, il s'en est créé une centaine et la France en compte désormais 550. Un succès auquel la notion de proximité prend toute sa part, offrant des réponses aux aspirations de la société contemporaine et inspirant d’autres secteurs de la grande consommation, y compris non alimentaires...

 

« Une traçabilité naturelle et tangible »
« La structuration de la filière blé-farine-pain française répond pleinement aux exigences de qualité et de traçabilité de nos clients. Or, seule la proximité assure une traçabilité naturelle et tangible », explique Olivier Deseine, président des Moulins de Brasseuil (78). Son moulin est situé en pleine campagne, « au bout du champ de blé et aux pieds de la Tour Eiffel ! » A partir de blés locaux, il produit 5 600 tonnes de farine par an qui donneront plusieurs millions de baguettes. S’il conquiert au quotidien les marchés franciliens derrière la bannière « Mangeons local en Île-de-France », il n’en n’est pas moins ouvert sur le reste du monde, s’autorisant à exporter 10 % de ses farines vers le Japon, la Chine et d’autres pays très friands du pain « à la française » élaboré à partir de blés et de farines français.

 

Des pâtes 100 % provençales
En région PACA, le groupe coopératif Terroirs du Sud a choisi de concentrer ses livraisons de céréales sur des acteurs locaux dont les activités de transformation profitent directement aux consommateurs et, plus largement, au territoire. Ainsi, le blé dur collecté par Terroirs du Sud approvisionne l’usine marseillaise du leader français des pâtes, Panzani. De même, la totalité de la récolte de blé tendre de qualité panifiable (blé de force) est acheminée vers des meuneries locales qui, à leur tour, fournissent aux boulangeries de la région une farine 100 % locale. Idem pour le maïs et le sorgho, qui sont transformés en alimentation animale à proximité des lieux de production.